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Lajaguar : «Les humoristes sont intelligemment bêtes »

« Pour tout évènement, sauf funérailles ». C’est ce qui figure sur sa carte de visite,  après sa brève présentation en en-tête « Artiste humoriste Comédien ». Une chose qui affirme déjà le domaine d’intervention de son art. On peut rire dans tout, sauf aux funérailles et le travail de Wendyam Severin Yaméogo est de tordre de rire tout ceux qu’il croise. Plus connu sous le pseudonyme de « Lajaguar », cet humoriste burkinabè, étudiant en Lettres modernes, s’est confié à Burkina 24 en fin septembre 2016.

Burkina 24 (B24) : Lajaguar, c’est ton nom d’artiste. Pourquoi ce choix ?

Lajaguar : Ce nom d’artiste m’est venu en suivant un documentaire sur l’animal la jaguar. J’ai pris des informations sur les qualités de l’animal qui sont de trois sortes : c’est l’animal le plus patient de la jungle, le plus féroce et le plus rapide. Donc toutes ces qualités, je me retrouvais dedans. Je suis la version humaine de la jaguar. Mais la définition que j’ai pour ce nom, ça veut dire la patience, parce que dans la vie, il ne faut jamais être pressé.

B24 : Tu te définis comme Lajaguar (la jaguar), est-ce à dire qu’en tant qu’humoriste tu évolues dans un milieu dangereux, raison pour laquelle tu as préféré ce surnom ?

Lajaguar : Non ! Quand je parle de férocité, c’est dans mes textes. C’est de l’humour certes, mais mon objectif n’est pas seulement de faire rire, c’est d’éveiller les consciences. Ceux qui suivent mes sketchs savent qu’il y a des choses que j’arrive à dire. Pas que je n’ai pas peur, mais mon nom agit aussi sur ma personne.

Mon travail, je le prends au sérieux même si c’est de la comédie. Le nom agit sur ma personne et c’est cette personnalité-là qui travaille pour faire plaisir au public.

B24 : Comment évolue l’humour au Burkina ?

Lajaguar : Sans mentir, ce n’est pas facile. Les Burkinabè adorent l’humour, mais ils ne connaissent pas la valeur de l’humour. Dans tout métier, si vous aimez la chose, il faut donner de la valeur à la chose. Par exemple aujourd’hui, les artistes qui chantent, eux, ils n’ont plus besoin de faire beaucoup d’efforts. Pour les évènements, tout de suite on dit qu’il faut un artiste chanteur.

Mais rares sont ceux qui organisent un évènement et qui pensent que l’humoriste peut jouer un rôle. Je ne dis pas que les artistes chanteurs ne travaillent pas, mais l’humour est encore plus compliqué que les arts dans le monde entier. Parce que ça ne s’apprend pas. C’est un don. Par exemple en humour, il n’y a pas d’improvisation. Ce sont des improvisations préparées.

B24 : Les humoristes vivent-ils de leur art au Burkina ?

Lajaguar : C’est dans les deux dernières années que l’humour est train d’être vu. Avec le temps, ça va payer, même si ce n’est pas maintenant.

B24 : Mais est-ce que toi tu arrives à joindre, comme on le dit, les deux bouts ?

Lajaguar : Pas trop ! Mais nous sommes dans un pays où quand tu forces, quand le courant arrive à prendre, tu es sauvé. Ce que j’aime chez les Burkinabè, c’est ça. Conscient de cela, chaque jour que Dieu fait, j’essaye de donner le meilleur de moi-même. Et on demande à toutes les personnes de ne pas hésiter. L’humour peut intervenir partout.

Personnellement, j’ai eu à jouer dans des églises, j’ai joué dans des cérémonies de musulmans. C’est parce que ceux qui m’ont approché connaissent la valeur de l’humour. Il s’adapte en fonction du milieu où on t’invite. En réalité, les humoristes sont intelligemment bêtes. Il est difficile pour quelqu’un qui est bête d’être intelligent, mais il est plus facile pour quelqu’un qui est intelligent d’être bête.

B24 : As-tu des sujets tabous ?

Lajaguar : Comme nous sommes en Afrique, il y a des sujets qu’il est difficile d’aborder. Par exemple, les histoires d’homosexualité, je n’aime pas trop rentrer dans ça. Mais les thèmes qui touchent notre société, même si la personne ne veut pas qu’on en parle, on va dire qu’on a compris. Mais durant le show… On ne le fait pas pour la personne qui nous demande, mais pour le public. Parce que c’est le public qui fait la force d’un humoriste.

B24 : Tu dis que tu prépares tes sketches. Est-il déjà arrivé qu’une de tes prestations ne fasse pas rire ? Et comment tu te reprends ?

Lajaguar : En réalité, ce que les gens ne comprennent pas, quand on écrit les textes, consciencieusement, on le fait exprès. Les endroits qui ne font pas rire, c’est pour amener les gens à réfléchir et à savoir que c’est un processus.

Par exemple, si je parle de la pauvreté, je dis aux gens que je suis dans une famille où on est 15 et pourtant, il y a 14 chaussures et on est obligé de se réveiller à 4h du matin. Parce que si tu dors jusqu’à 6h, tu seras obligé de rester à la maison car un grand ne peut pas sortir marcher pieds nus dans la ville. Là, ce sont les éléments de la pauvreté que je viens de relater.

C’est juste terre à terre, mais pour celui qui réfléchit, il trouvera que ce sont les signes de pauvreté. Donc, ce n’est pas forcement que dès que tu commences, les gens doivent commencer à rire. Mais pour un humoriste averti, il ne faut pas laisser son public sur sa soif. Le minimum pour un humoriste pour faire rire le public, c’est 45 secondes. Un conseil que j’ai reçu de Moussa Petit Sergent.

B24 : On rappelle que tu es étudiant, comment arrives-tu à concilier études et carrière d’artiste ?

Lajaguar : Comme j’ai commencé depuis la classe de 1ère, je me suis habitué. J’ai un programme. Même si parfois je suis forcé d’aller faire des prestations, je fais tout mon possible pour me rattraper. C’est un programme bien établi que j’ai mis en place, même si ce n’est pas facile de le respecter. Mais c’est la passion qui nous donne encore le courage de continuer.

B24 : Dans ton domaine, qui est ton modèle au Burkina ?

Lajaguar : Ce que je fais, je regarde juste la manière dont les grands frères travaillent, comment ils arrivent à captiver les gens et quelles sont les techniques et les thèmes qu’ils abordent. En voyant tout ça, cela me donne aussi l’esprit de vouloir créer pour qu’on sache qu’il y a aussi un peu de professionnalisme.

Mais dire que j’ai un type de personne sur qui  je me focalise pour travailler, c’est difficile, pour être sincère quoi. Il ne faut pas que je vais me mentir à moi-même. Je développe mon art comme cela, mais tout artiste a quand même un point de repère. La personne qui m’inspire le plus et qui me donne le courage de travailler, c’est Jamel Debbouze et Alban Ivanov. Et mon modèle en Afrique, c’est généralement Le Magnific.


La parenthèse humoristique de Lajaguar

B24 : Quel regard tes ainés ont de toi ? Un jeune qui vient réduire le gombo ou une pépite à accompagner ?

Lajaguar : Chez nous les humoristes, franchement au Burkina, je suis content. Nous les humoristes, on se côtoie. Que ce soit Son Excellence Gérard, les grands-frères Génération 2 000, les Gombo.com, Moussa Petit Sergent, tous les humoristes, on s’appelle. On se donne des conseils. Le courant passe entre nous, il n’y a même pas de soucis.

Généralement, quand on finit de jouer, ce sont les koro (grands-frères) qui t’appellent même pour te dire : « ce que tu as fait ici c’était bien, mais il fallait faire cela ».

B24 : « Demain sera meilleur » apparait à chaque fois lors de tes prestations ou même tes publications sur les réseaux sociaux. A quoi ce slogan renvoie-t-il ?

Lajaguar : Que tu sois journaliste, que tu sois artiste, commerçant, chômeur, il ne faut jamais t’asseoir et dire « ça ne va pas ». Ne te dis pas que la situation dans laquelle tu vis actuellement sera la même que tu vivras demain. C’est pour dire qu’il faut réellement lutter pour que demain soit meilleur. Personnellement, tout ce qui m’arrive, je l’avais écrit.

Beaucoup de gens ne comprennent pas. Le programme de 2017-2018, j’ai déjà écrit ça dans un cahier et je l’ai sauvegardé dans un coin de mon téléphone et à chaque fois que je suis assis, je relis pour ne pas me détourner du but que je me suis fixé. Ceux qui ne croient pas, quand ils vont lire l’interview, qu’ils essaient.

Dès ce soir tu l’écris : « mois dans une année, je vais être le PDG de telle société et voici les moyens et stratégie que je vais mettre en place ». Même si tu n’arrives pas à destination, tu auras surmonté des épreuves. Ecrire te rappelle à chaque fois que tu as une mission à accomplir.

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE

burkina24

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